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Journée des droits de la Femme

  • roula690
  • il y a 5 heures
  • 5 min de lecture


 



Le 8 mars n’est pas une date. Il est révélateur. Il est le baromètre de l’état du monde au féminin. Il rappelle qu’il faut rester vigilant, car la violence faite aux femmes est souvent le symptôme d’une société en échec.


Là où les femmes sont en danger, les enfants ne tardent pas à l’être aussi. est un paragraphe avec un espace réservé. Remplacez ce texte par votre propre contenu.Des États-Unis à Kaboul, en passant par la France et l’Afrique, 137 femmes meurent chaque jour dans le monde sous les coups d’un partenaire ou d’un membre de leur famille, selon les estimations les plus récentes des Nations unies. Ce chiffre est probablement inférieur à la réalité : de nombreux féminicides sont mal qualifiés ou ne sont pas reconnus comme des violences conjugales ou familiales. Quant aux centaines de milliers de femmes condamnées à une forme d’effacement social par certains régimes autoritaires, elles échappent largement aux statistiques. Dans ces cas-là, il ne s’agit plus seulement de discrimination : c’est un véritable apartheid de genre.


La condition des femmes demeure profondément inégale dans le monde. Certaines vivent sous un cadre juridique qui reconnaît leurs droits et prétend les protéger ; d’autres évoluent dans des systèmes où leur liberté, leur sécurité et leur autonomie restent sévèrement limitées. Mais l’existence de lois protectrices ne signifie pas pour autant la disparition des violences. Même dans les démocraties occidentales, souvent présentées comme des modèles d’égalité, les violences sexuelles et conjugales persistent et révèlent les failles juridiques. Au-delà des lois, ce sont les mentalités et les rapports de pouvoir qui doivent évoluer, et les silences collectifs qui doivent être brisés.


Le mouvement mondial #MeToo, déclenché après les révélations autour de Harvey Weinstein en 2017, n’a sans doute été que la partie émergée de l’iceberg. Cette affaire a mis au jour un système d’abus, de pressions et de silence au sein d’une industrie pourtant installée au cœur de l’une des démocraties les plus puissantes du monde. Puis est venue l’affaire Jeffrey Epstein. Pendant des années, de jeunes femmes ont été exploitées et manipulées dans l’ombre de réseaux de pouvoir et d’influence. Derrière les façades du prestige et de la réussite, un système de trafic sexuel de mineures a prospéré longtemps sans être pleinement exposé. Ces affaires ne disent pas seulement quelque chose de l’écart entre riches et pauvres. Elles révèlent un phénomène plus universel : dans toute société, certaines positions d’influence peuvent instaurer des rapports de domination où la parole des victimes se heurte au poids du statut, de la réputation et des réseaux. Il a fallu le courage de certaines victimes pour que la vérité commence à fissurer le mur du silence. Mais une question demeure : combien d’affaires similaires restent encore dissimulées derrière le pouvoir, la peur ou la honte ?


Si ces affaires révèlent les dérives au sein de sociétés démocratiques, dans certains régimes autoritaires la domination sur les femmes ne relève plus seulement de crimes individuels : elle devient un instrument politique. Car contrôler les femmes, c’est souvent contrôler la société tout entière. Dans de nombreux régimes autoritaires, le corps féminin devient un territoire idéologique où s’exerce le pouvoir. Restreindre l’éducation des filles, imposer des codes vestimentaires ou limiter leur liberté de circulation ne relèvent pas uniquement d’un extrémisme religieux : ce sont des mécanismes de domination politique.

L’obsession du contrôle des femmes dans des systèmes comme ceux dirigés par les talibans en Afghanistan ou par la République islamique d’Iran s’inscrit dans cette logique. En s’attaquant à la liberté féminine, ces régimes cherchent à consolider un ordre social fondé sur l’obéissance et la peur. La condition des femmes devient alors un révélateur du degré d’autoritarisme d’un régime.


En Iran, la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, après son arrestation par la police des mœurs pour un voile jugé mal porté, a déclenché l’un des mouvements de contestation les plus importants qu’ait connus la République islamique. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » s’est imposé comme le symbole d’une remise en cause plus profonde de l’ordre politique. Ce mouvement a progressivement dépassé la seule question des droits des femmes et a ouvert une brèche dans laquelle se sont engouffrées d’autres colères sociales. Au début de l’année dernière, les protestations se sont étendues à des catégories jusque-là plus prudentes, notamment les commerçants et les boutiquiers qui ont fermé leurs échoppes pour dénoncer l’effondrement du pouvoir d’achat et la vie chère. Ces manifestations ont été suivies d’une répression d’une extrême violence, parmi les plus sévères qu’ait connues la population depuis l’instauration du régime des mollahs, causant selon certaines ONG plus de 30 000 morts.


Lorsqu’un régime marginalise ou exclut durablement la moitié de sa population, il fragilise l’ensemble de l’édifice social. L’effacement des femmes peut apparaître comme un instrument de contrôle politique à court terme. Mais à long terme, cette exclusion produit souvent un effet boomerang : elle nourrit les frustrations, amplifie les fractures sociales et finit par se retourner contre le pouvoir lui-même.


L’histoire montre d’ailleurs que les femmes ont souvent été à l’origine de secousses politiques décisives ou en révèlent les prémices. En Russie en 1917, ce sont des ouvrières qui descendent dans la rue pour réclamer du pain et la paix, déclenchant les premiers mouvements de la révolution. En France, plusieurs décennies plus tard, le combat mené par Simone Veil pour la légalisation de l’avortement transforme durablement le paysage politique et social du pays. Au Liban en 2019, les femmes sont de nouveau en première ligne des manifestations contre la classe politique. Chez les Kurdes, elles prennent les armes contre l’obscurantisme. En Ukraine, elles combattent. En Afghanistan, certaines bravent l’interdiction d’éducation imposée par les talibans en fréquentant des écoles clandestines. En Iran, leur courage se paie de leur vie.


Dans des contextes très différents, leur présence révèle une constante : les femmes sont souvent le ciment de la vie sociale, celles qui assurent la continuité des familles, des communautés et parfois même des sociétés en crise. Lorsqu’elles sont réduites au silence ou exclues de l’espace public, ce n’est pas seulement une injustice : c’est une ségrégation qui, à terme, fragilise l’ensemble de l’architecture politique d’une société. Simone de Beauvoir l’avait d’ailleurs rappelé avec lucidité : « Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »


Le statut des femmes est ainsi devenu l’un des indicateurs les plus fiables du degré d’autoritarisme d’un régime. De Téhéran à Kaboul, leur répression accompagne la consolidation des pouvoirs idéologiques. En Europe centrale, restreindre l’avortement précède souvent un recul plus large de l’État de droit. Là où les femmes reculent, la démocratie suit.


Les femmes sont aussi devenues un instrument d’image. Certaines réformes sont mises en avant en Arabie saoudite. Les Émirats arabes unis affichent une modernité assumée. Pendant ce temps, les talibans effacent les femmes de l’espace public. Une constante demeure : contrôler la place des femmes revient aussi à contrôler la narration d’un pays, son image et sa respectabilité.


À travers elles, je veux aussi rendre hommage à toutes celles que l’histoire oublie trop souvent : à celles qui ont grandi trop vite, à celles réduites en esclavage, à celles qui manifestent malgré les menaces, à celles qui vont à l’école en clandestinité et à celles qui continuent de se battre au péril de leur vie.


Alors je veux conclure autrement, en reprenant les mots de Rudyard Kipling, mais au féminin:

« Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front,Si tu peux garder ton courage et ta tête quand tous les autres les perdent,Alors ni les rois, ni les dieux, ni la victoire ne te définiront.Et ce qui vaut mieux que la gloire ou le pouvoir :Tu seras une femme, ma fille. »


Car c’est à la place qu’il accorde aux femmes que l’on jugera le monde.C’est à l’éducation qu’ils auront reçu que l’on jugera les hommes.Et la véritable victoire viendra le jour où il ne sera plus nécessaire de consacrer une journée mondiale aux droits des femmes, parce que leur liberté ne sera plus à conquérir.

 

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